Accueil du siteJacques DoucetRobert Desnos, Nouvelles-Hébrides, suivi de Dada-Surréalisme 1927, édition établie, présentée et annotée par Marie-Claire Dumas, Gallimard, L’Imaginaire, 2016.

Robert Desnos, Nouvelles-Hébrides, suivi de Dada-Surréalisme 1927, édition établie, présentée et annotée par Marie-Claire Dumas, Gallimard, L’Imaginaire, 2016.

Page publiée le 14 décembre 2016, mise à jour le 18 décembre 2016

Nouvelles Hébrides, texte qualifié de « roman » par son auteur, fut rédigé en quelques séances d’ « écriture automatique » en avril-mai 1922. Texte explosif marquant l’entrée en force de Robert Desnos dans le groupe de Littérature, déjà « surréaliste » sans encore avoir l’estampille officielle du Manifeste de 1924. Se réclamant de l’exemple des Champs magnétiques de Breton et Soupault, Nouvelles Hébrides s’en démarque fortement par l’inspiration et le ton. Le « roman » accumule sans la moindre retenue des scènes érotiques et des aventures scabreuses auxquelles participent aussi bien les amis, Breton, Aragon, Péret, Vitrac que des personnages sortis de l’imagination débridée de l’auteur, Miss Flowers, Baignoire, Verdure. Au fil des épisodes, on peut se croire spectateur d’une séquence de film comique, défilant en accéléré, d’un spectacle de marionnettes, ou lecteur d’une bande dessinée. Un rythme haletant, une libre allégresse emportent ces pages qui trouvent peut-être leur modèle le plus proche dans certains récits d’Apollinaire – Desnos cite Le Poète assassiné. L’écriture automatique ici à l’œuvre fait fi de toute bienséance – morale, esthétique ou stylistique. Elle suit l’emballement sexuel dans ses acmés et ses ruptures. Roman bien entendu impubliable en 1922, malgré les espoirs de l’auteur qui avait préparé sans délai une copie pour l’édition. Dada-Surréalisme 1927 relève d’une toute autre écriture. Ce dossier, élaboré au fil de l’année 1927, répond à une commande de Jacques Doucet (il avait acquis en 1922 le manuscrit de Nouvelles Hébrides), qui cherchait à rester informé de l’histoire du mouvement surréaliste, au moment où Breton et Aragon lui signifiaient abruptement leur rupture à son égard. Relève difficile pour Desnos qui avait participé aux débats de 1926 sur l’adhésion au PCF et avait clairement manifesté son refus d’adhérer, prenant ainsi position contre Breton et Aragon. En revanche Jacques Doucet pouvait espérer de lui une information brûlante. Or Desnos déjoua son attente. En 1927 les seuls conflits sur lesquels il insiste sont ceux qui opposent à ses yeux le « groupe des littérateurs » au groupe surréaliste. De plus, dans un geste généreux, il brosse un portrait élogieux et poétique de Breton et d’Aragon, faisant de leur rencontre en 1919 l’origine du mouvement surréaliste. En dehors de ces pages inspirées, le dossier fut consacré à des anecdotes de la période dada, échafaudant des plans qui manquent souvent de contenu. Par un tel travail Desnos marquait bien son refus de s’attarder sur ce qui pouvait déprécier le surréalisme, et revendiquait sa fidélité à la poésie surréaliste. Jacques Doucet y trouva-t- il son compte ? En tout cas, Dada-Surréalisme 1927 reste un jalon intéressant pour l’histoire du mouvement surréaliste.

Publiés pour la première fois en 1978 dans le recueil Nouvelles Hébrides et autres textes, 1922-1930, les textes réédités ici bénéficient d’un éclairage nouveau grâce à la prise en compte d’informations qui se sont fait jour depuis 1978. En particulier la découverte du manuscrit que Robert Desnos avait établi en 1922 pour l’édition de Nouvelles Hébrides ou Pénalités de l’Enfer permet désormais d’évaluer les modifications que l’auteur a introduites à la relecture d’un texte qui relevait de l’écriture automatique. Ces remaniements se révèlent très limités.

De même le dossier Dada-Surréalisme 1927, souvent hâtivement élaboré, trouve une part de son intérêt dans le fait que Robert Desnos y situe ses premières rencontres littéraires dès 1919 et évoque en après-coup le mouvement Dada auquel il n’a pourtant pas directement participé. Il fait de brefs portraits de certains de ces acteurs dadaïstes des années 1920-1921 et rapporte les anecdotes qu’il a recueillies auprès d’eux. Il montre que ce n’est qu’à partir du printemps de 1922 qu’il entre enfin dans le groupe des futurs surréalistes.

Ci-dessous Le Cimetière de la Sémillante, dans ses deux versions, d’abord Doucet, ensuite Corti.

Jacques Doucet vers 1913

© 2005-2011 Doucet Littérature
Site réalisé avec SPIP, hébergé par l’AUF