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Francis Jammes, graphologue, par Marie-Claire Dumas

Page publiée le 9 juin 2012, mise à jour le 16 juin 2012

La bibliothèque Doucet possède la revue Le Manuscrit autographe, créée par Jean Royère en 1926. « Un manuscrit, c’est une âme », dit-il. Et il ajoute : « Pour le graphologue, le manuscrit c’est l’homme même. Francis Jammes s’adonne depuis trente ans à l’étude comparée des écritures les plus représentatives : il a établi des familles, distingué des genres et des espèces. Ses descriptions graphologiques – qui sont d’ailleurs d’admirables poèmes, car comment ferait notre Virgile pour ne pas être poète – synthétisent des caractères, définissent des écrivains. » Francis Jammes tînt donc une rubrique assidue dans Le Manuscrit autographe, à partir de 1926, sous le titre « Graphologies ». Consulter cette revue ménage bien des plaisirs, des échantillons d’écriture étant soumis à l’analyse souvent humoristique de l’expert : Stéphane Mallarmé pourrait faire partie de « la famille des iridées : les feuilles du glaïeul, avec tant de clartés entre elles que le lecteur voudrait un peu plus d’ombre ». L’écriture d’André Gide est vue comme « une longue ficelle noircie d’encre, et qui n’en finit plus : le fil d’Ariane dans le Labyrinthe littéraire. » Quant à Paul Valéry, « il écrit au petit point […] S’il avait fréquenté Pénélope, elle eût cru rêver d’avoir défait sa toile, car il l’eût réparée, durant la nuit, sans le lui dire. » Pour ne pas multiplier les exemples, nous ne pouvons qu’inciter les curieux à aller à la bibliothèque : ils y passeront, je crois, un excellent moment.

Dans sa lettre à Jean Delay du 29 août 1930, Jammes fait allusion à ce savoir graphologique : « Nous parlerons graphologie quand je te reverrai – non comme des devins mais comme des observateurs de gestes. Cette science peut être fort utile à tes études. »
On peut rêver en tout cas sur l’écriture de Jammes lui-même, dont l’élan fougueux, les traits appuyés, les amples paraphes défient parfois la sagacité d’un lecteur peu aguerri. Je tiens à remercier Philippe Blanc, bibliothécaire à Doucet, de m’avoir évité plusieurs lectures erronées. Voici, proposée à l’attention du lecteur, la lettre du 29 août 1930 :

Jacques Doucet vers 1913

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