Accueil du siteLa bibliothèqueArchives2018Jean Echenoz. Roman, rotor, stator. Compte rendu d’Isabelle Diu, directrice de la Bibliothèque littéraire Jacques Doucet

Jean Echenoz. Roman, rotor, stator. Compte rendu d’Isabelle Diu, directrice de la Bibliothèque littéraire Jacques Doucet

Une exposition présentée à la BPI en partenariat avec la BLJD

Page publiée le 24 février 2018, mise à jour le 9 juillet 2018

Sollicitée une nouvelle fois par la Bibliothèque publique d’information (BPI) du Centre Pompidou, après une belle rétrospective consacrée en 2013 à Claude Simon, la Bibliothèque littéraire Jacques Doucet a renouvelé son partenariat pour un hommage à Jean Echenoz.


Jean Echenoz est le premier des grands romanciers contemporains à avoir décidé, de son vivant, de confier ses archives à la Bibliothèque littéraire Jacques Doucet. Depuis 2011, il verse régulièrement à la bibliothèque l’ensemble des documents relatifs aux ouvrages qu’il publie aux Éditions de Minuit.

Le fonds Jean Echenoz reflète parfaitement la complexité du processus de création de l’écrivain : s’y trouve réunie la documentation préparatoire à l’écriture, sous forme de revues, d’articles de presse ou de résultats de recherches en ligne, d’ouvrages ou de thèses spécialisées – telle la thèse de médecine consacrée au cas de Ravel – voire même d’extraits de catalogues de vente par correspondance, repris sous forme de collage dans Je m’en vais.

Les différents états du texte de chacune des œuvres sont présents, parfois sous forme manuscrite (cahiers de notes ou fiches), le plus souvent sous forme de tapuscrits avec corrections autographes, allant du premier jet au texte final envoyé à l’éditeur. Viennent s’y ajouter les divers jeux d’épreuves corrigées qui parfois introduisent de notables différences avec l’état antérieur du texte : ainsi Envoyée spéciale devait initialement s’intituler Savoir-vivre, titre qui subsiste jusqu’au troisième jeu d’épreuves corrigées, daté de septembre 2015.

Enfin, les traces de la réception de l’œuvre d’Echenoz viennent compléter cet ensemble : articles de journaux et dossiers de magazines, interviews dans la presse écrite ou audio-visuelle, mais aussi travaux universitaires consacrés au romancier. La diffusion internationale de l’œuvre est attestée par des exemplaires des multiples traductions qui en ont été données à travers le globe, y compris en hongrois, japonais ou coréen.

Le travail préparatoire de l’exposition a associé, en une collaboration étroite, depuis le choix des œuvres jusqu’au montage final en passant par le scénario, deux conservateurs de la BPI, un enseignant-chercheur à l’Université Paris-Sorbonne, spécialiste de langue française, Gérard Berthomieu, et la directrice de la BLJD.

Ambitieuse quoique destinée à un large public, l’exposition Jean Echenoz. Roman, rotor, stator qui s’est ouverte en novembre 2017 veut donner accès à l’univers romanesque multiple et ludique d’Echenoz, qui se joue des codes du roman noir et du roman d’espionnage, comme de ceux de la biographie. Le pari était non seulement d’introduire le visiteur au monde de Jean Echenoz, mais aussi de lui permettre de goûter son écriture, grâce aux nombreuses citations reproduites sur les murs et à l’analyse serrée des procédés rhétoriques et des jeux du langage. 

Les romans d’Echenoz, paradoxalement, adoptent un ton ironique, léger même, pour masquer la gravité de son propos : une condition humaine marquée par le désespoir et les efforts dérisoires des personnages pour y échapper. Après des courses désordonnées aux quatre coins du globe, tous reviennent se "cogner au mur du présent" et se confronter au néant. Entre « rotor » et « stator », entre la frénésie du mouvement et l’angoisse de l’immobilité, des jeux de langage miroitants et ironiques se déploient : seul l’enchantement de la fiction offre un recours salvateur face à l’angoisse de vivre.

L’exposition, que viennent illustrer de nombreuses images empruntées au monde cinématographique - l’une des sources d’inspiration du romancier -, est évidemment centrée sur les archives de l’écrivain ; elles se donnent à voir dans toute leur variété, depuis les impressionnants dossiers documentaires qui déclenchent la fiction jusqu’aux nombreux états des tapuscrits corrigés et des épreuves d’imprimeur. Un éclairage inédit est ainsi projeté sur l’incessant travail d’écriture d’Echenoz, tendu vers l’épure et porté par la musicalité syncopée du jazz.

Stéphane Mallarmé, Eventail de Madame Mallarmé

(photo J.-L Charmet)

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